MarcelGreen : Entretien avec deux hommes verts

MarcelGreenPour certains l’écologie n’est qu’une tendance, une mode. En revanche, d’autres ne jurent déjà que par cette idéologie émergente. Dans ce contexte de crise (économique, écologique, démographique…) la solution “verte” va-t-elle nous faire arrêter de broyer du noir ? Les gens seront-ils prêts à radicalement changer leur comportement pour s’adapter à des modes de vie plus “écolos” ? Plus populaire que jamais, le vert est sujet à controverse. Voici l’avis des deux fondateurs du site web “MarcelGreen.com

Bonjour,

1 – Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, s’il vous plait ?

Bonjour ! Nous sommes Adrien  et Mathieu, les 2 fondateurs du site MarcelGreen.com. Nous avons 27 ans chacun et on essaie, avec humilité, d’apporter chaque jour un regard neuf sur l’éco consommation.

2 – Comment vous est venu l’idée de fonder ce site web ?

Nous sommes amis à la base, et en discutant nous sommes arrivés au même constat: nous voulions consommer différemment, mais nous n’étions pas séduit par ce que nous trouvions. Produits trop chers, pas esthétiques, trop contraignant. Passer à un mode de vie durable nous paraissait «difficile ».
C’était une aberration à nos yeux, car il devenait urgent de changer. Changer les comportements, les gestes, mais aussi les habitudes de consommation qui pèsent lourd dans notre impact écologique.
En creusant un peu, il s’est avéré qu’on avait tort. Des produits éco conçus esthétiques, solides, à un prix abordable, il en existait des milliers … pour qui se donnait la peine de les chercher. Partout dans le monde en ce moment, des chercheurs, des développeurs, des inventeurs, des designers, des graphistes, des écrivains, des biologistes sont en train d’imaginer et de développer le monde de demain, et croyez-nous ils voient les choses en vert.
Nous sommes donc partis à la recherche de toutes ces inventions écolos, pour les répertorier et les faire connaitre. Le blog est apparu comme le meilleur outil pour exposer nos trouvailles. C’est ainsi qu’est né Greenbay.fr, le blog des choses vertes. Nous avons tenu ce blog pendant presque 2 ans, et l’audience est rapidement grimpée, nous laissant croire que le sujet intéressait vraiment les gens, et que ce format de webzine dédié à l’éco consommation plaisait.
Un projet plus ambitieux a donc germé, nous avons rencontré des professionnels d’internet auxquels nous nous sommes associés pour créer une structure et accueillir un projet plus solide que le blog : faire un vrai portail d’information sur l’éco consommation doublé d’une boutique de produits green, MarcelGreen.com est né !

3 – Je suppose que vous n’êtes pas seul dans l’aventure, qui d’autre participe sur ce site ?

Nous sommes une équipe de 3 personnes à temps plein. Pour la rédaction, nous travaillons aussi avec nos R.O.C : « Rédacteurs d’Origine Contrôlée » un joyeux mélange d’ami, de connaissances, de bloggeurs, spécialiste et/ou passionnés par un domaine de la consommation durable, qui écrivent de temps  à autres un article ou un dossier particulier. Sur la partie technique, nous travaillons avec une web agency du sud de la France, qui a développé le site et qui nous accompagne sur nos nouveaux projets.
Bannière MarcelGreen

4 – Marketing, tapage médiatique… on fait beaucoup de bruit autour de l’écologie, est-ce la meilleure solution pour changer les mentalités ? Ou vaut-il mieux utiliser des supports pédagogiques à l’école pour « éduquer » les enfants ?

Le marketing pourquoi pas, s’il sert la cause et met en lumière les vraies qualités écologiques des produits ou services concernés, et qu’il ne sert pas le greenwashing …
Pour ce qui est du tapage médiatique, il faut faire attention au « ras le bol du bio ». A force de trop en entendre parler, et à toutes les sauces, les gens risquent de finir pas en être écœuré. Ce phénomène d’« éco fatigue » commence à se ressentir dans d’autres pays, il faut faire attention, et ne faut pas tomber dans les travers de l’industrie traditionnelle.
D’un autre côté tout reste à faire. A titre d’exemple, on a l’impression que le bio et l’équitable ont envahi les linéaires des supermarchés, mais Joaquin Munoz, le DG de Max Havelaar France nous a rappelé à juste titre dans une récente interview que le commerce équitable ne représente que 1% de l’épicerie sèche en France …
L’apprentissage à l’école est une très bonne chose qui est déjà bien pratiquée. Ce qu’on observe en ce moment, c’est que ce sont plutôt les enfants qui apprennent les bons gestes à leurs parents !

5 – Par rapport à « la taxe carbone », vaut-il mieux frapper au porte-monnaie pour inciter à consommer autrement ?

La taxe carbone est une mesure pragmatique mais cohérente. En 2007, l’économiste Anglais Nicholas Stern a montré qu’en matière d’environnement, le cout de l’inaction (catastrophes naturelles, déplacements de population, hausse du prix des ressources en voie de disparition, etc.) était supérieur a celui de l’action. Jusqu’à présent, ce coût n’était pris en compte ni par les producteurs, ni par les consommateurs donc personne n’avait intérêt à changer.
Malheureusement, c’est un peu triste mais peser sur le porte-monnaie reste le moyen le plus efficace d’influencer les comportements. En posant des contraintes financières, on interpelle les gens, on fait râler certes, mais on peut aussi provoquer un temps d’arrêt pour réfléchir. Et si on « force » un consommateur à prendre le temps de la réflexion avant chaque achat parce qu’il est bloqué par le prix, on peut l’amener à intégrer d’autres critères de décision dans son processus :  Durabilité du produit, matières utilisées, méthode de conception, origine géographique des matériaux utilisés, moyen de transport utilisé pour l’acheminement, respect des droits du travail, juste rémunération des producteurs, cycle de vie du produit etc.
Tristan Leconte, le fondateur d’Alter Eco a dit « un caddie peut devenir un bulletin de vote ». Pour nous, la taxe carbone va dans ce sens en sanctionnant les « mauvais » produits, mais ne l’oublions pas, en facilitant aussi l’adoption des « bons » produits !
Nous avons en plus l’exemple du bonus malus automobile, sorte de taxe carbone mono sectorielle, qui a clairement métamorphosé un des plus gros secteur d’activité en France en l’espace d’un an et demi !

6 – Si vous deviez prendre une mesure radicale en terme d’écologie applicable immédiatement ce serait laquelle ?

Ne construire que des rues en descente pour inciter les gens à prendre leurs vélos tous les jours :-)

7 – Protection de l’environnement et progrès technique font-ils bon ménage ?

Il est illusoire de penser qu’on peut résoudre nos problèmes environnementaux sans innover. Le progrès technique et industriel doit se mettre au service de la cause écologique. Prenons l’exemple des transports : l’innovation appliquée au développement de motorisation électrique, solaire ou cinétique, nous permet d’imaginer pour bientôt des véhicules « propres ».
D’un autre côté, ce serait aussi illusoire de penser qu’on va tout résoudre par la technique. Dans le cas de l’agriculture biologique par exemple, la solution réside moins dans l’innovation technique, que dans le retour aux méthodes traditionnelles : lutte biologique, engrais naturels, consommation de produits locaux et de saison… Pas besoin de recherche poussée ou d’innovations scientifiques pour mettre en pratique le bon sens écologique.
Un savant mélange d’innovations et de sobriété serait donc le bienvenu.

8 – On estime a 9 milliards le nombre de personnes vivant sur Terre d’ici 2050. Cet accroissement de la démographie mondiale est-il compatible avec un développement écologique ? Allons nous vers du bio industriel ? Entre les terres pour loger les gens, pour les nourrir et pour développer les bio-carburants, n’est-on pas déjà condamné ?

Crise écologique et crise démographiques semblent s’opposer mais la vérité, c’est qu’on a pas le choix : Il faut résoudre les 2 problèmes. Dès lors, il parait plus judicieux d’essayer de chercher les solutions que de continuer a décortiquer les problèmes. Nous n’avons pas la prétention de détenir la solution miracle à tous les maux de notre époque, mais nous nous efforçons de nous bouger pour participer à la réflexion et mettre en lumière les hommes et les femmes qui pourront le pouvoir de faire bouge les choses dans le bons sens…

Réchauffement climatique : Tuvalu, un archipel qui prend l’eau - Crédit photo : DR

Réchauffement climatique : Tuvalu, un archipel qui prend l’eau - Crédit photo : DR

9 – Comment imaginez vous le monde dans 20 ans?

Furieusement green !

10-A vos yeux, laquelle de ces propositions aurait le plus d’impact pour un monde plus vert:

Des citoyens responsables dans la vie de tous les jours, des hommes politiques plus sérieux dans leurs
propositions ou des entreprises plus rigoureuses dans leur gestion des déchets ?
Un peu des trois. Au fond, sauver la planète c’est comme mettre le couvert, ça va plus vite quand tout le monde s’y met !
Bien sûr, le politique a un pouvoir d’accélération. Quand il décide de quelque chose, il peut le faire adopter rapidement! Mais cela ne doit pas remplacer la responsabilité individuelle de chacun. On a trop souvent tendance à attendre que les changements nous soient imposés. Nous, nous croyons beaucoup à l’initiative personnelle, ça ira plus vite, et ça sera moins contraignant.

11 – Et quand vous vous déconnectez, comment se manifeste votre comportement d’écolo ?

On fait au mieux, même si nous n’avons pas la prétention d’être parfait.
A nous 2, ça doit donner quelque chose comme : métro, vélo, poulet bio, basse conso, coton bio, gourde à eau, alter eco, savon bio et dès que possible rigolo.

Merci beaucoup pour votre participation et bonne continuation ! ;-)

Peut être aimeriez vous :

Comment fabriquer ses nettoyants verts ?
L'heure est définitivement au "self made home" que ce soit pour la cuisine, les produits de beauté,...
Le Mojito, la star des cocktails de l’été
Vous n'avez pas remarqué ? Depuis quelques années, les filles ne jurent que par l'apéro "mojito" en...
Que faire de votre marc de café ?
Jacques Vabre se lance dans une opération intitulée « y en a marc ». Une bonne manière pour apprendre...
Les plantes, objets déco et écolo
Dans notre société ultra-polluée et paradoxalement de plus en plus sensible au problème environnemental,...


Réagir à cet article